Pourquoi nous n’aimons pas Amazon (en quatre points) - Librairie Plume(s)
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5 septembre 2012 : Pourquoi nous n’aimons pas Amazon (en quatre points)

mercredi 18 juillet 2012, par Plume(s)

Je reproduis le texte mis en ligne par Grégoire Courtois de la librairie [O]bliques à Auxerre :

On entend bien souvent un refrain qui voudrait que le libraire soit réfractaire à toute forme de progrès. Et pour les jeunes générations, l’opposition systématique aux mastodontes de la vente en ligne de la part des libraires relève d’un archaïsme d’un autre siècle. Voici donc en quelques points les raisons exactes qui font que nous n’aimons pas Amazon, non pas parce que c’est un concurrent trop fort pour nous et qui a eu une vision du changement du marché avant nous, mais parce que ses pratiques et sa politique en font tout simplement un concurrent déloyal. Presque illégal.

  1. Amazon ne veut pas créer d’emploi. C’est même le contraire.
    Un peu radicale comme phrase, mais c’est en tout cas l’évolution à long terme prévue par le groupe. Comme l’explique très bien cet article de Singularity Hub, les plateformes logistiques basées aux Etats-Unis ont déjà débuté leur révolution suite à l’achat de la licence Kiva. Le principe ? A la place des hommes, de petits robots pour déplacer les cartons. Bien entendu, il faudra encore un peu de temps pour que les entrepôts d’Amazon n’aient plus aucun employé pour préparer les commandes… mais combien de temps exactement ?
  2. Amazon recueille des subventions dans des pays où elle ne paie pas d’impôts
    Non seulement ça n’est pas un secret mais les dirigeants d’Amazon en sont même plutôt fiers. D’un côté, on récupère de l’argent public en promettant des créations d’emplois, et de l’autre, la situation du siège social au Luxembourg permet au groupe d’échapper à l’impôt. La journaliste Pascale Clark l’a rappelé ce matin-même sur France Inter, mais cet article de Rue89 faisait déjà un point très clair sur le sujet.
    J’ajoute, concernant la région Bourgogne, qui se réjouit de l’arrivée de la troisième plateforme logistique en donnant des subventions à Amazon, qu’un libraire indépendant qui souhaite s’installer en Bourgogne ne peut prétendre à aucune subvention. Pour une reprise, l’aide à l’achat du stock est plafonné à 15 000 €. C’est certes mieux que rien, mais à titre de comparaison, le stock d’Obliques a une valeur d’environ 100 000 € [1].
  3. Amazon fait du chantage aux éditeurs
    On ne va pas vous assommer de chiffres. Mais sachez seulement une chose. Quand un libraire vend un livre 10 euros, il l’a acheté environ 7 euros. C’est-à-dire qu’il gagne 30% du prix d’une vente. Ces 30% sont la remise que l’éditeur lui a concédée.
    Pour Amazon, les éditeurs concèdent 50%. Pourquoi ? Parce qu’Amazon refuse de vendre des livres en deçà de cette remise. « Vous ne voulez pas nous faire cette remise ? Alors vous ne serez pas sur Amazon. C’est vous qui voyez. » Peu d’éditeurs ont le courage de refuser ce chantage. (Mais il y en a !) [2]
  4. Amazon déteste la loi Lang
    Et pour cause. La loi Lang, depuis 1981, empêche les grandes structures de casser les prix pour que les petits libraires puissent vendre les livres au même prix que les autres. Alors pour contourner ce qu’ils jugent être une injustice, les stratèges d’Amazon poussent la loi Lang dans ses derniers retranchements en systématisant la remise de 5% (initialement conçue pour fidéliser les clients en librairie en les récompensant) et en offrant les frais d’envoi.
    Bien sûr, ils peuvent se permettre ces cadeaux uniquement grâce à la marge dégagée sur chaque vente (voir le point précédent). De notre côté, avec une remise moyenne de 30%, aucun petit libraire ne peut rivaliser, car 5% de remise qui s’ajoutent aux frais de port et le bénéfice dégagé permet à peine de payer la personne qui prépare le paquet. Ca n’est donc pas que nous ne voulons pas faire de la vente en ligne, c’est simplement que le principal concurrent n’est pas loyal et l’étude menée par la librairie Obliques l’année dernière a démontré que même le plus militant des clients n’est pas prêt à payer plus cher pour le même service.

Pour conclure, maintenant que ces quelques points sont précisés, nous répétons que les libraires indépendants sont tout à fait prêts à se lancer dans le commerce par correspondance. C’est d’autant plus le cas dans une région comme la Bourgogne et un département comme l’Yonne, très rural et où certains villages sont situés à une centaine de kilomètres de la première librairie. A nouveau, Amazon ne nous fait pas peur. Bien au contraire. Donnez-nous les moyens de nous mesurer à armes égales avec ce concurrent, et on vous certifie que ce sont les professionnels, les amoureux du livre et les passionnés qui sauront bien mieux que les robots et les algorithmes tirer leur épingle du jeu.

lien direct vers l’article sur le site d’[O]bliques

Notes

[1] le stock de Plume(s), toute petite librairie, est d’environ 70 000 € ; et le chiffre d’affaire de Plume(s), inférieur à 60 000 €, est trop faible pour qu’elle puisse prétendre aux quelques aides proposées aux librairies indépendantes.
Plume(s)

[2] Je rajoute qu’alors que les libraires indépendants paient les frais de port des commandes qu’ils font aux gros éditeurs, et aussi des livres qu’ils leur retournent, Amazon exige que les éditeurs prennent les frais de port à leur charge ; la surveillance du stock d’Amazon incombe aux éditeurs, et si Amazon décide de retourner des livres invendus, c’est encore aux frais de l’éditeur.
Je me souviens du cas d’une petite maison d’édition qui a refusé ce chantage ; mais Amazon, bien que ne proposant donc pas ses livres, les avait référencés et les présentait comme "indisponibles", sans préciser qu’ils étaient indisponibles chez eux, mais disponibles ailleurs ; et l’éditeur, dont le nom m’échappe, n’arrivait pas à obtenir rectification de cette information fausse, la seule réponse d’Amazon étant "créez un compte chez nous, et vous pourrez rectifier vous-même les informations de vos livres" !
Plume(s)


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